Pour Mark Krakowski, devenir un Ange de la Cuisine pour Feed the Hungry San Miguel n’était pas seulement une façon de redonner—c’était une mission profondément personnelle. Son propre parcours est marqué par la survie, la persévérance et une compréhension intime de ce que signifie avoir faim. Né dans un camp de personnes déplacées et ayant construit sa vie au Canada, son passé a façonné son engagement à aider les autres.
Mark est né au Kazakhstan pendant la Seconde Guerre mondiale, où ses parents avaient été envoyés après avoir survécu à 18 mois dans un goulag russe. Ses premières années furent marquées par les privations—même s’il était trop jeune pour s’en souvenir, sa mère lui racontait plus tard comment il pleurait en disant : « Donne-moi du pain, Maman ! » Mais bien souvent, il n’y avait rien à mettre sur la table.
Sa famille, originaire de Pologne, avait fui la persécution nazie pour ensuite tomber sous la suspicion soviétique et être exilée en Sibérie. La faim était une compagne constante. Son père, soldat polonais, était contraint de travailler dans des conditions inhumaines. Un jour, il fut arrêté et emprisonné pour avoir ramassé des grains tombés dans un champ afin que sa mère puisse préparer une pâte à manger. Lorsque la mère de Mark plaida auprès d’un juge pour la libération de son mari, l’ampleur de leur détresse devint évidente.
Après la guerre, la famille s’installa en Pologne, puis en Suède, avant d’émigrer au Canada, où Mark grandit en affrontant les difficultés liées à son statut d’immigrant. Il fut victime de discrimination, mais travailla sans relâche pour se construire un avenir. Malgré ces obstacles, il poursuivit des études supérieures et obtint une maîtrise en sociologie avant d’explorer diverses carrières.
Des décennies plus tard, Mark découvrit San Miguel de Allende grâce à un ami qui lui avait parlé de cette ville comme d’un endroit sûr et accueillant pour les voyageurs solitaires. Ce qui devait être une simple visite se transforma en séjours réguliers. Il fut séduit par le charme de la ville et son fort esprit communautaire.
Grâce à son engagement auprès de l’organisation Amistad Canada, il découvrit Feed the Hungry San Miguel, une association à but non lucratif qui fournit des repas nutritifs aux enfants des communautés rurales. Cette cause résonna profondément en lui—il savait personnellement combien l’insécurité alimentaire pouvait être éprouvante, tant physiquement qu’émotionnellement.
Sans hésiter, Mark s’engagea auprès de l’organisation. Il commença par faire du bénévolat dans le centre de conditionnement alimentaire de Feed the Hungry, où chaque lundi, des volontaires se réunissent pour assembler des ingrédients frais et nutritifs destinés aux repas scolaires. En triant, emballant et distribuant la nourriture, il prit rapidement conscience de l’ampleur de l’impact de Feed the Hungry sur la communauté locale.
L’un de ses moments les plus marquants fut sa visite à l’école qu’il parraine, Ex-Hacienda de Peña Blanca, où il assista au déjeuner des enfants. Cette école sert 100 repas aux élèves de maternelle et du primaire. « Ce fut l’un des moments forts de mon séjour », se souvient-il. Voir ces enfants recevoir leur repas quotidien—et savoir que, pour beaucoup, c’était leur seul repas nutritif de la journée—renforça en lui l’importance de cette mission.
Il fut particulièrement frappé par les difficultés supplémentaires auxquelles ces enfants sont confrontés, au-delà de la faim. Certains doivent marcher une heure pour aller au collège, les moyens de transport se limitant souvent à des ânes ou à de longues distances à pied. Il apprit qu’à un autre site de Feed the Hungry, quatre élèves avaient dû abandonner l’école parce qu’ils ne pouvaient pas s’acheter d’uniformes scolaires. Un autre bénévole, Peter, paya discrètement ces frais, permettant ainsi à ces enfants de poursuivre leur scolarité.
Grâce à son parcours en sociologie et à son vécu personnel, Mark a une perspective unique sur l’insécurité alimentaire et ses effets à long terme. Il comprend que la malnutrition infantile peut causer des dommages irréversibles, affectant le développement cognitif, l’estime de soi et les perspectives d’avenir.
Il voit Feed the Hungry non seulement comme un programme alimentaire, mais comme une approche globale de la lutte contre la pauvreté—en éduquant les parents sur la nutrition, en améliorant la durabilité alimentaire des communautés et en veillant à ce que les enfants grandissent en bonne santé, concentrés et prêts à apprendre.
Bien que Mark ne sache pas ce que l’avenir lui réserve, il reste fermement engagé envers la mission de Feed the Hungry. « J’espère que le programme continuera à se développer et à atteindre encore plus d’enfants », dit-il. Il reconnaît que les organisations à but non lucratif comme Feed the Hungry devront faire face à des défis financiers, notamment dans un contexte économique mondial incertain, mais il croit en la résilience de l’organisation.
Pour Mark Krakowski, devenir un Ange de la Cuisine est bien plus qu’un simple engagement financier. C’est un aboutissement—une façon de transformer les épreuves de son passé en une force positive. Il comprend, d’une manière profondément personnelle, le pouvoir d’un repas—non seulement pour nourrir un corps, mais aussi pour façonner un avenir.